À Bidart, Patxi et Jon Tambourindeguy ont fait de la pelote basque bien plus qu’un sport : un langage du corps, un art du geste et une mémoire vivante. Champions du monde de Cesta Punta, anciens joueurs professionnels à Miami, artisans et passeurs, ils ont créé Ona Pilota, un atelier rare où se fabriquent, se réparent et se transmettent pelotes et chisteras.
Rencontre avec Patxi Tambourindeguy, entre frontons du monde et retour aux sources.

De la cour d’école de Bidart aux Jaï Alaï du monde
Patxi découvre la pelote à six ans, presque par hasard, en suivant un ami aux cours de Cesta Punta du village. Très vite, le jeu devient une évidence. Il joue dans la cour de récréation, participe à ses premières compétitions dès huit ans et gravit les échelons jusqu’aux championnats nationaux. Il n’imaginait pas alors devenir joueur professionnel.
À Bidart, petit village de 3 500 habitants à l’époque, la pelote et le rugby sont les sports de prédilection. Le directeur de l’école était aussi président du club. La pelote se jouait partout : au fronton, dans la cour de récréation, contre un mur. Le sport est accessible, ancré, collectif.
Sans ambition de devenir joueur professionnel au départ, Patxi devient pourtant champion du monde aux côtés de figures majeures comme Éric Irastorza, avant d’être recruté aux États-Unis. Ce qui devait être un contrat de trois mois à Miami se transforme en dix années dans les Jaï Alaï, ces grandes salles dédiées à la pelote, longtemps associées aux paris, aux jeux d’argent, où on peut y devenir un héros ou, au contraire, être écarté par le public déçu. C’est une véritable école de détachement et d’humilité.
La pelote basque se joue bien au-delà du Pays basque : en Floride, au Mexique, en Argentine, aux Philippines, en Chine… Partout où les Basques voyagent, ils créent des lieux de rassemblement, des xoko, et un fronton. Il suffit parfois d’un mur pour jouer. « La pelote, c’est voyager et rencontrer du monde », résume Patxi.

Un sport extrême
La Cesta Punta est souvent considérée comme le sport de balle le plus rapide du monde. Le record mesuré atteint 313 km/h. La chistera, panier dans le prolongement du bras, démultiplie la vitesse. Le jeu devient spectaculaire, exigeant, parfois dangereux. « C’est un sport extrême. », rappelle Patxi, qui insiste sur la nécessité de jouer entre personnes de même niveau.
Le corps est entièrement mobilisé : bras, dos, lombaires, genoux en pivot constant. Chaque partie représente près de huit kilomètres parcourus. Les Jaï Alaï peuvent mesurer jusqu’à soixante mètres. Pour Patxi, le corps parle avant les mots. La pelote devient un langage, une écriture du mouvement, un rapport intime à l’espace.

L’atelier, prolongement du terrain
Lors de ses retours saisonniers au Pays Basque, Patxi décide de poser le gant. En Floride, il s’entraine intensément : plusieurs heures par jour, six jours sur sept, onze mois sur douze. Il privilégie alors le repos et les moments avec sa famille et ses amis.
Plus tard, à son retour “définitif” en France, dans son village natal, Patxi entame une reconversion professionnelle naturelle.
Entre deux saisons, il avait déjà commencé à réparer les pelotes de son club. À Saint-Jean-de-Luz, il apprend les gestes de l’artisanat : réparer le cuir, puis fabriquer une pelote entière, couche après couche. Il apprend aussi à fabriquer des chisteras, auprès d’artisans mexicains et espagnols, dans une tradition familiale où chaque geste compte et se transmet comme un secret.

Une chistera demande 25 à 30 heures de travail et devient un objet unique, façonné sur mesure. L’artisanat devient un autre rapport au temps : plus méditatif, loin de la compétition.
L’atelier Ona Pilota naît à Bidart. Son frère Jon le rejoint. Ensemble, ils adaptent, se remettent en question, cherchent à faire vivre la pelote autrement.
Le nom s’impose naturellement : Ona Pilota, « la bonne pelote », l’expression des juges lorsque la balle est bonne.
Ils donnent également des cours de pelote.
Quel avenir pour la pelote basque ?
Aujourd’hui retraité du sport professionnel, Patxi reste lucide. La pelote souffre d’un manque de moyens, d’un déficit de visibilité, malgré des démonstrations olympiques historiques, dont celles de Paris en 1920 et 1924, Mexico en 1968 et Barcelone en 1992.
Il rêve de faire rayonner la discipline ailleurs, dans le monde, et d’organiser des tournois internationaux, en donnant leur chance à tous les joueurs qui le souhaiteraient.
Son message aux jeunes est clair : “Continuez !”. La pelote n’est pas un sport du passé, mais une culture vivante, un lien social, un espace de transmission.
À Bidart, dans l’atelier Ona Pilota, réparer une pelote ou fabriquer une chistera, c’est transmettre et faire vivre la pelote. Tant qu’il y aura un mur, un geste juste et une ona pilota, la pelote basque restera vivante.

Je vous invite à rencontrer ces Champions du monde de Pelote, prendre un cours ou visiter l’atelier !
Retrouvez toutes les informations sur leur Site Internet.
Crédits Photos : Julien Dizdar