Elle s’appelle Elsa Langlais, mais signe ses œuvres Elzarra. Artiste visuelle à Bayonne, elle a choisi la mosaïque comme langue. Une langue faite de fragments, de couleurs et de reflets, qu’elle pose un peu partout dans la ville. La démarche d’Elzarra s’inscrit à l’intersection du street art, de l’artisanat d’art et de la réparation urbaine.

Tout part de la récupération.
Elle travaille avec du carrelage qu’elle récupère à droite ou à gauche, de la vaisselle ébréchée, des miroirs de réemploi. Des matières vouées à la benne retrouvent une place et un sens. Chaque tesson est taillé à la main, puis posé pour résister au vent, à la pluie, au passage des gens. Cette matière abîmée devient le cœur même de l’œuvre, pas un simple habillage.

Dans son atelier, elle façonne des pièces pensées pour l’intérieur et l’extérieur. Elle compose des fresques murales de toutes tailles, où la faïence brute vient bousculer le côté trop lisse de nos murs. Elle réalise également des mosaïques sous cadre. Ce sont de petits morceaux d’histoire, prêts à être accrochés. Parfois, son travail prend du volume. Elle monte des totems entiers qui s’imposent dans une pièce avec beaucoup de force. Enfin, elle crée des objets plus intimes, des œuvres à poser sur un meuble ou à suspendre. Quand la lumière du soleil rentre par la fenêtre et vient taper sur les brisures de miroir, la matière s’anime et change de visage à chaque heure de la journée.





Sous la beauté, une histoire
À Saint-Esprit, l’intervention réalisée pour le festival Points de Vue en 2024 reste une pièce maîtresse de son parcours. En habillant l’escalier de la rue de la Cabotte d’une composition contrastée, l’artiste a imaginé une traversée symbolique de l’ombre vers la lumière. Des bouts de miroirs recyclés captent les reflets du ciel, tandis qu’une coquille Saint-Jacques glissée dans la mosaïque fait un clin d’œil discret à l’histoire de Bayonne et aux chemins de Compostelle.


Mais sa démarche dépasse l’espace public. Plusieurs architectes et acteurs locaux font désormais appel à son travail pour habiller des intérieurs sur mesure : le Studio Lougat lui a confié la réalisation d’un mur complet en miroirs recyclés, tandis que ses compositions s’intègrent également au restaurant Le Bouillon Français à Anglet et à la librairie Chez Margot à Cambo.
Une mosaïque d’Elzarra n’est jamais juste posée là pour faire joli. Elle porte une intention bien précise. À chaque fois, son œuvre raconte une histoire. Quand tu prends le temps d’observer les détails du dessin, tu tombes sur des symboles cachés. Elle y glisse des clins d’œil discrets, comme de petits secrets partagés avec nous.
La ville abîmée, une ouverture
Une branche spécifique du travail d’Elzarra relève de ce qu’on appelle la « Guérilla Repair », c’est ce qui me touche dans son travail, sa façon de soigner nos escaliers, ruelles, façades, trottoirs … Dans la ville de Bayonne, elle repère une fissure au sol ou un coin de mur abîmé, puis elle vient y poser des morceaux de carrelage de récup.



Dans la journée, tu passes à côté et soudain un reflet de soleil sur un tesson te fait ralentir le pas et même te faire décrocher un sourire.
C’est peut-être ça, le vrai geste d’Elzarra. Elle change le regard qu’on porte sur une ville abîmée. Un trottoir fendu n’est plus une cassure à cacher, mais une ouverture, un endroit où quelque chose peut naître.
Pour retrouver les emplacements exacts de ses mosaïques cachées en ville et suivre ses réparations poétiques au fil des jours, l’idéal est de jeter un œil à son parcours de street art sur son compte Instagram Elzarra
