Le pottok, cœur battant du Pays Basque

Je quitte le cœur d’Espelette, ses façades blanches et ses guirlandes de piments rouges, et j’emprunte une route qui monte doucement vers les collines. Là, au pied du Mondarrain, le paysage s’ouvre. La terre respire. C’est ici que Marina Echegaray élève des pottoks, ces petits chevaux emblématiques du Pays Basque, et qu’elle perpétue, avec son Aïta Étienne, une relation ancienne, patiente, profondément humaine et respectueuse du vivant.

Avant d’être un symbole, le pottok est un compagnon. Marina en parle avec évidence. Elle a grandi à leurs côtés, bercée par leur présence depuis l’enfance. Ici, on ne compte pas vraiment les bêtes. La tradition veut qu’on les reconnaisse plutôt qu’on ne les chiffre. Ils sont une soixantaine. Marina connaît leurs caractères, leurs réactions, leurs fragilités. Chacun est reconnu, identifié et appelé par son nom.

Marina a noué un lien singulier, fait de respect et d’attention constante. Le pottok n’est jamais réduit à une fonction : il est un être vivant sensible, attentif, une véritable éponge émotionnelle. Il est aussi un compagnon de route avec lequel on compose, jour après jour.

Un emblème profondément enraciné, entre sauvage et domestique

Race locale par excellence, le pottok fait partie intégrante du paysage et de l’identité basque. Utilisé autrefois dans les mines ou par les contrebandiers, aujourd’hui reconnu et protégé par une association nationale créée en 1970, il incarne une mémoire vivante. Rustique, résistant, adapté à la montagne, il participe aussi à l’entretien naturel des estives. On peut comprendre le Pays Basque sans connaître le pottok, dit Marina, mais quelque chose de cette terre se raconte à travers lui.

Le mot « sauvage » ne plaît ni à marina, ni à son père. Et ils ont raison. Le pottok peut sembler libre, presque indomptable lorsqu’il évolue en montagne, sur ses terres, mais il vit dans une relation constante avec l’humain. La frontière est mince. Les animaux sont présents, reconnus, soignés. Ils reviennent vers Marina, la suivent, la reconnaissent. Ici, la domestication n’est pas domination : elle est cohabitation.

D’ailleurs, aux randonneurs qui croisent des pottoks, Marina rappelle une règle simple : tenir les chiens en laisse et à distance des animaux, particulièrement en période de naissance, de mars à juin. La montagne est leur lieu de vie : c’est à nous de nous adapter.

Héritage, transmission et rigueur du métier

La transmission est au cœur du parcours de Marina. Après l’obtention de son BTS, elle s’installe en 2021 pour la production de piments. En 2023, lorsque son Aïta, Étienne, prend sa retraite, elle reprend officiellement l’exploitation.

De lui, elle a appris les gestes : monter, dresser, manipuler, soigner. Mais surtout, elle a hérité d’un regard. Ce coup d’œil précis qui permet de repérer un animal en difficulté, de sélectionner une jument, d’observer une morphologie. Un savoir qui ne s’enseigne pas dans les livres, mais qui se transmet dans le silence du quotidien.

Rythmé par les saisons, le quotidien de Marina est exigeant. Il impose une vigilance permanente : nourrir, surveiller les mises bas et les sevrages, prodiguer les soins, composer avec les intempéries et la présence des vautours. Marina s’investit également dans des concours afin de valoriser la race et d’encourager les éleveurs à travailler les pottoks dès leur plus jeune âge.

À 24 ans, elle a choisi, autant qu’elle l’a héritée, cette vie rigoureuse, parfois anxiogène quand un animal est malade, mais profondément alignée avec ses valeurs.

Elle prolonge aujourd’hui cette transmission à sa manière, en s’engageant dans les concours, en développant de nouveaux projets, en restant toujours fidèle à l’essentiel.

La médiation animale et l’avenir

De cette relation fine au vivant est née une évidence : la médiation animale. Marina intervient aujourd’hui dans des EHPAD, des ESAT, auprès de personnes âgées ou en situation de handicap. Le pottok, animal docile et profondément sensible, devient alors médiateur.

Étienne raconte ce jour marquant : dans un EHPAD, une femme mutique depuis quinze jours, clouée au lit, refuse tout contact. Lorsque Marina arrive avec Lili, une ânesse, la femme murmure spontanément « Astoa ! », le mot basque pour dire âne. L’émotion est immense. Là, sans parole, le lien s’est recréé.

Le pottok soigne autrement. Par la présence, le toucher, l’émotion. « Il a un grand cœur, comme les Basques », résume Étienne. Animal maniable, attentif, capable de ressentir les émotions humaines, il devient un véritable partenaire de soin.

Pour Marina, l’avenir du pottok est prometteur si l’on change le regard porté sur lui : reconnaître qu’il est un excellent poney, respecter sa nature, préserver la race autant que les terres. Plus largement, son parcours rappelle combien les éleveurs et agriculteurs sont indispensables. Leur quotidien est exigeant, leur engagement fondamental.

Revenir à la terre, au vivant, à ces relations simples et vraies, n’est pas un retour en arrière : c’est une nécessité.

En quittant la ferme, après avoir accompagné les pottoks vers la forêt et les prés, partagé un verre sous le soleil d’hiver, une chose demeure : ici, quelque chose de précieux se transmet. Et c’est peut-être en crapahutant, hors des sentiers battus du Mondarrain, que d’autres histoires viendront encore se raconter.

D’ici là, je vous invite à prendre contact avec Marina pour une séance libératrice de médiation animale. Vous pouvez la joindre au 06 47 45 99 80.

Crédits Photos : Marie Demangeot

Une réponse

  1. Je suis trés touchée par ce trés beau reportage sur les pottoks.
    J’aime profondément randonner dans nos montagnes basque, souvent hors sentiers battus où l’on rencontre ces belles bêtes paisibles qui nous relient à l’instant présent et au partage .
    Encore merci pour ces chaleureux témoignages de Marina et Etienne.

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