C’est l’histoire d’une attente. Une longue, très longue attente qui aura duré près de 15 ans. Si tu vis à Bayonne ou que tu aimes flâner dans les ruelles du Petit-Bayonne, tu as forcément passé la tête devant ce bâtiment imposant de la rue Jacques Laffitte, guettant le moindre signe de vie derrière les palissades. On a tout entendu : des rumeurs, des dates repoussées, des espoirs déçus. Mais cette fois, le musée Bonnat-Helleu a officiellement rouvert ses portes.

Ce n’est pas juste une réouverture. C’est une métamorphose. Oublie le musée poussiéreux de tes souvenirs scolaires ou les institutions froides où l’on n’ose pas parler. Ce qui vient de se passer à Bayonne est une révolution culturelle et architecturale qui place la ville sur la carte des grandes destinations artistiques européennes. Mais attention, ne t’y trompe pas : malgré les comparaisons flatteuses qu’on entend ici et là, ce n’est pas un « Petit Louvre ». C’est autre chose. C’est plus singulier, plus intime, plus… bayonnais, finalement.

De l’architecture audacieuse qui mélange le fer, le bois, le verre et la pierre, aux collections vertigineuses qui s’affichent sur des murs, jusqu’à l’expérience qu’on peut y vivre en famille (oui, même avec des enfants). Il y a beaucoup à dire sur ce trésor retrouvé.
Ma premiére impression a été de me dire que l’on peut juste venir ici pour trouver un peu de beauté et de calme.
lls ont littéralement opéré le bâtiment à cœur ouvert pour lui donner un nouveau souffle, une nouvelle lumière et une nouvelle fonction dans la ville. Si comme moi, tu as connu l’ancien bâtiment, tu te souviens peut-être d’espaces un peu sombres, un peu contraints et vieillots. C’est terminé. La lumière est devenue le matériau principal de la construction.

L’organisation du rez-de-chaussée a été pensée comme un cloître moderne. Les arcades de l’ancienne école (car oui, le bâtiment a abrité une école) ont été rouvertes. On circule autour du patio, on passe de l’accueil aux étages et aux collections. La batisse est un lieu de déambulation, on sent une volonté de désacraliser l’accès à la culture.


Une maison de collectionneurs, pas un musée d’état
On peut entendre dire “Le Musée Bonnat-Helleu, c’est le petit Louvre ». C’est « flatteur », c’est sûr. Avec des œuvres de Rubens, Vinci, Michel-Ange ou Goya, la comparaison est tentante. Mais dire ça, c’est passer à côté de l’âme véritable du lieu.

Le Louvre est né de la volonté des rois et de la république. Le Musée Bonnat-Helleu est né de la générosité d’un artiste : Léon Bonnat. Ce peintre, natif de Bayonne, est devenu une star à Paris au XIXe siècle. Il a peint tous les présidents, les écrivains (comme Victor Hugo), les célébrités de son temps. Il a gagné beaucoup d’argent.
Et qu’a-t-il fait de cet argent? Il a acheté de l’art.
Il a acheté ce qu’il aimait. Il a acheté avec son œil de peintre. Sa collection est le reflet de son goût personnel, de ses coups de cœur, de ses obsessions.

Le lien entre les époques
Ce qui est fascinant ici, c’est le dialogue constant entre les siècles. Léon Bonnat était un peintre académique, classique diront certains. Mais il avait une ouverture d’esprit incroyable. Il collectionnait les maîtres anciens (la Renaissance, le Siècle d’Or espagnol) tout en étant ami avec les avant-gardes de son temps, comme Edgar Degas.
Dans le musée, tu vas voir se côtoyer des œuvres du XVIe siècle et des toiles impressionnistes. Ce n’est pas un mélange incohérent. C’est la preuve que l’art est un fil continu. Les conservateurs ont travaillé pour rendre ce lien évident. La muséographie ne cloisonne pas brutalement les époques. Elle crée des passerelles.

La collection est immense.
Avec plus de 7 000 œuvres en réserve et plus de 1 000 exposées, il fallait trouver un moyen de montrer la richesse du fonds sans construire un bâtiment de la taille d’un aéroport.
Le musée a fait un choix scénographique audacieux qui tranche avec les habitudes minimalistes des musées d’art contemporain.Dès que tu arrives dans certains espaces, tu es face à un mur d’œuvres. Oublie la petite toile perdue au milieu d’un immense mur blanc avec trois mètres d’espace autour. Ici, ça foisonne.
Dans une piéce, ils ont même renoué avec l’accrochage « à touche-touche », typique des Salons du XIXe siècle, mais revisité avec une esthétique ultra-contemporaine. J’appelle ça le « mur Pinterest ». Parce que cela rappelle notre manière moderne de consommer les images. On ne sait plus où donner de la tête, et c’est génial.


Un musée convivial même pour les familles
Emmener des enfants au musée peut vite tourner à l’épreuve de force. Mais le nouveau Bonnat-Helleu a tout compris. Ils ont cassé les codes pour rendre la visite agréable pour les familles. Le musée a mis en place des formats de visite adaptés à tous les rythmes.
À pas de géant » (45 min) : Pour ceux qui veulent voir l’essentiel sans traîner.
Au galop » (30 min) : Pour les super pressés (ou les très petites attentions).
À pas de fourmis » (1h environ) : C’est LA visite idéale pour les familles.
Parce qu’on prend le temps de regarder les petits détails. Le guide ne va pas assommer tes enfants avec des dates historiques. Il va leur raconter les histoires cachées derrière les tableaux. Les légendes, les anecdotes, les petits animaux dissimulés dans les coins, les expressions bizarres des personnages. L’art devient immersif. Ça coûte juste un petit supplément (2 à 4 euros) en plus du billet d’entrée, et ça change tout.
Parce que c’est ici, à Bayonne. C’est leur patrimoine. Même s’ils ne retiennent pas le nom de Rubens, ils retiendront les couleurs, la taille des tableaux, la lumière du patio. Ils retiendront que le musée est un endroit beau et sympa, pas une punition. C’est comme ça qu’on fabrique les amateurs d’art de demain, ou simplement des citoyens curieux.



Où, Quand, Comment?
Adresse : Rue Jacques Laffitte, Petit Bayonne.
Saison Basse (Janvier – Avril) : 10h00 à 18h00.
Saison Haute (Mai – Octobre) : 10h00 à 19h00 (top pour en profiter après la plage ou le boulot).
Fermeture : Le musée est fermé le Mardi. C’est le jour de repos des œuvres et du personnel.
Tarifs : Les prix sont trés raisonnables pour un musée de cette envergure (entre 9 et 11€ en tarif plein selon la saison).
Pense à réserver en ligne, surtout pour les visites guidées comme « À pas de fourmis ».
Le site : https://mbh.bayonne.fr
L’insta : https://www.instagram.com/museebonnathelleu/
Bayonne, c’est parfois compliqué en voiture.
Vélo : le plus simple. Il y a des stations de vélos électriques en libre-service un peu partout.
Bus : le réseau TXIK TXAK dessert très bien le centre-ville. L’arrêt est dans la rue parallèle au musée.
À pied : si tu es garé dans un des parkings périphériques, la marche vers le Petit Bayonne est très agréable.
Aujourd’hui, en voyant le résultat, on se dit que ça valait le coup d’attendre. Ce musée est une réussite totale. Il a su marier le respect de son histoire avec une modernité radicale. Il a réussi le pari d’être un musée international tout en restant un lieu de vie local, convivial et chaleureux. Et je me dis qu’il va totalement redessiner l’attrait du Petit Bayonne pour les années qui vont venir.
Peut-être que l’on se croisera là-bas …