Owantshoozi, de la soule à Bayonne

Tu marches dans les rues du Grand Bayonne. Les odeurs de café torréfié se mélangent aux effluves de jambon affiné. Tu croises des artisans de bouche, des locaux qui font leur marché, des habitués qui discutent fort.  Et puis, au numéro 32 de la rue Poissonnerie, tu t’arrêtes. La vitrine détonne. Tu vois des objets aux couleurs franches. Tu vois des sacs épais. Tu vois des casquettes aux formes atypiques.

Un nom qui claque comme une surprise

Owantshoozi. Ça sonne bizarre, non ? C’est normal. Ce n’est pas du basque ancien, ce n’est pas du latin. C’est une onomatopée. Ddiddue et Juana, les deux créateurs de la marque, aiment expliquer l’origine de ce mot. C’est un son inventé par des enfants. C’est le bruit qu’on fait quand on est surpris. Un grand « whouaouh » qui sort tout seul. 

Ddiddue et Juana fonctionnent comme une hydre à deux têtes. Ddiddue, du design d’objets, apporte la structure et la rigidité. Juana, du design textile, apporte la fibre et l’assemblage. Ils sont tous deux créatifs et techniciens, travaillant ensemble sur chaque étape. Leurs produits sont conçus avec sincérité, créant ce qu’ils aimeraient porter. Chaque pièce est raisonnée, fonctionnelle et significative.

Les racines profondes en Soule

Leur tout premier atelier était à Ordiarp. Leurs parents et grands-parents travaillaient dans la rénovation du bâti ancien. Rénover de vieilles maisons basques, ça demande du bon sens. Tu ne jettes pas les vieilles pierres. Tu composes avec. Tu adaptes. Tu consolides. Cette famille leur a transmis une règle d’or : « faire avec ce qu’il y a ».

Chez eux, l’antigaspillage n’est pas un concept à la mode pour vendre des sacs. C’est une éducation. Aujourd’hui, ils appliquent à la matière textile et plastique ce que leurs aïeux appliquaient à la pierre et au bois. Ils sauvent l’existant.

L’histoire d’Owantshoozi débute en 2019, devant une benne de déchetterie remplie de pots de fleurs en plastique colorés, Ddiddue et Juana ont un déclic. Ces pots, solides et naturellement courbés, peuvent devenir des visières de casquettes. Récupérés, nettoyés, découpés, ces déchets voués à l’enfouissement sont transformés. Cette trouvaille valide leur philosophie : créer du beau et valoriser la matière indésirable.

La technique du sac qui se tient

L’un de leurs produits phares, c’est le sac. Ils récupèrent divers tissus. La matière première extérieure est réalisée en toile de parachute. Des vieux draps de lit, des couvertures épaisses. Ils superposent ces matières. On compte jusqu’à cinq couches de tissus différents pour un seul panneau de sac.

Vient ensuite le matelassage. Ils piquent les couches (draps, couvertures, parachute) ensemble. Ce maillage serré crée un textile hybride dense et rigide, assurant que le sac ne s’affaisse pas et garde sa forme.

Avec ce savoir-faire, ils raflent le grand prix du jury “Métiers d’art Chanel” et le prix “Hermès accessoire de mode”

En 2020, ils postulent au Festival international de mode, de photographie et d’accessoires de la Villa Noailles, à Hyères. C’est une institution prestigieuse. C’est le tremplin des grands designers de demain. Ddiddue et Juana ont triomphé devant un jury de luxe avec leurs créations faites de matériaux recyclés, raflant le Grand Prix Chanel Métiers d’art et le Prix Hermès.

Cette reconnaissance institutionnelle et la dotation importante de Chanel ont validé leur vision de « haute couture ». Ces prix leur ont donné l’élan pour se lancer pleinement dans leur aventure, leur permettant d’améliorer leur atelier et la finition de leurs réalisations.


L’âme basque et le Kautera

Leur identité basque est centrale, présente dans chaque objet sans tomber dans le folklore touristique. Leur rapport à la culture est profond.

L’euskara, langue charnelle liée à la nature, et les récits anciens, la mythologie et les paysages de la région sont des sources d’inspiration continues.

Leur grande influence est la culture du carnaval, notamment la mascarade souletine. Ils s’identifient aux « Kautera », chaudronniers nomades qui réparent avec les moyens du bord, car eux aussi « réparent la matière » et « font avec ce qu’ils trouvent ».

Ils réinterprètent ces codes avec malice et humour, désacralisant le design de luxe. 

Le retour au centre-ville

Après six ans en Soule, le duo Owantshoozi s’installe au 32 rue Poissonnerie à Bayonne pour gagner en visibilité et remettre l’artisanat au cœur de la ville, à l’opposé des zones industrielles. Ce choix est politique : en plein secteur piéton, ils installent leurs ateliers, offrant une transparence totale. Les clients voient la production en direct, justifiant ainsi le juste prix des produits faits main, vendus sans intermédiaires.

Va les voir de ma part. Tu ne seras pas déçu.
32 rue poissonnerie 64100 Bayonne

https://www.owantshoozi.com
https://www.instagram.com/owantshoozi/

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