« La grande Tablée » Quand la cuisine rassemble


Je suis allée rencontrer Éric Ospital à Hasparren, dans son séchoir à jambons. Un endroit qu’il affectionne particulièrement et dans lequel il lui arrive d’organiser des repas, il faut dire que le lieu s’y prête ! Éric Ospital est de ceux qu’on connaît. Artisan charcutier basque, médiatisé, reconnu, respecté. Mais derrière le nom, il y a surtout un homme de lien et d’action. Bref, on était pas là pour parler jambon, mais bouquin, puisqu’il vient d’en sortir un !


Pays basque & Corse, la grande tablée ! n’est pas un simple livre de recettes. Oui, on y parle de cuisine, de patrimoine, de culture, de produits. Mais le moteur du projet est ailleurs. Ce livre est d’abord né d’une conversation banale, autour d’un café du matin, avec Cédric, son fidèle collaborateur, ami et chef de cuisine :

Comment va la famille ? Et ta femme ?

Tu sais… ça devient compliqué. Diego grandit. Et pour le lever seule, quand je ne suis pas là, c’est vraiment dur, elle a mal au dos.

En creusant, Éric comprend vite. Le matériel nécessaire pour accompagner un enfant polyhandicapé, le lever, le laver, l’aider au quotidien, coûte bien plus cher que ce qu’une famille peut assumer seule. Le constat est brutal. La réponse, elle, est immédiate. Éric n’est pas un homme qui intellectualise longtemps. Il agit.

L’idée est simple, presque évidente : faire un livre. Et reverser l’intégralité des droits à une association qui aide les familles concernées. Diego et ses potos, basée à Hasparren, accompagne les parents d’enfants polyhandicapés. Le projet est lancé.

Quelques coups de fil plus tard, les copains répondent présent. Christian Etchebest, Ramuntxo Corde… Et puis la Corse embarque dans l’aventure. Par amitié d’abord. Par valeurs communes ensuite.

C’est par ce réseau-là qu’Éric rencontre Antoine et Jean-Baptiste de Rocca Serra, à la tête de la ferme-auberge A Pignata, nichée dans l’Alta Rocca. Là-bas, la cuisine est paysanne, saisonnière, enracinée. Les produits viennent de la ferme ou des alentours immédiats. Les recettes sont celles de la famille, transmises, vivantes.

Très vite, l’évidence saute aux yeux. Basques et Corses partagent bien plus qu’un goût pour la bonne chair. Il y a la convivialité, le rapport charnel au produit, la culture du cochon, le fromage, le vin. Il y a les chants polyphoniques, la vie entre terre et mer. Et surtout, ce sens viscéral de la fraternité.
En Corse, quand un enfant est gravement malade, il faut souvent se rendre sur le continent pour se faire soigner. Se déplacer, se loger, s’absenter longtemps. L’association Inseme, basée à Ajaccio, accompagne ces familles dans ces moments de rupture. Naturellement, le livre devient doublement solidaire.


Les photos magnifiques, signées Franck Tremblay, racontent autant que les textes. On ressent les liens forts qui unissent chaque protagoniste à son terroir, à son histoire. On est pas sur le livre de recette qui fera joli sur l’étagère, mais vraiment sur un sacré bouquin, qu’on vit pages après pages. Et quand Eric vous raconte que le Marmitako, ils sont allés le shooter à Donostià, les pieds dans l’eau, après s’être faits brassés en bateau, on comprend qu’ils y ont mis leur âme.

Pays basque & Corse, la grande tablée ! (192 pages, éditions Solar) n’est pas un livre de chefs. C’est un livre de liens. Un projet collectif, né d’une amitié, porté par une urgence humaine.

Et dont l’intégralité des droits d’auteur est reversée aux associations Diego et ses potos (Hasparren) et Inseme (Ajaccio).

Beaucoup de restaurateurs ont joué le jeu et le proposent à la vente dans leurs établissements, et bien-sûr on le trouve partout, dans les librairies, en ligne. Achetez-le, offrez-le, parce qu’ici ci, la cuisine n’est pas une finalité, c’est un moyen et un magnifique prétexte pour faire du bien !

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