Carnaval de Zubieta, un village au rythme de ses traditions

En Navarre, l’une des sept provinces du Pays Basque, Zubieta perpétue l’un des carnavals les plus anciens et les plus singuliers du territoire.

Un carnaval comme moment de transition

À Zubieta, petit village niché dans un paysage rural et boisé, il n’y a ni chars ni confettis. Le carnaval n’est pas un simple événement festif. C’est un moment de transition, une parenthèse où le village tout entier semble se réveiller, lentement, collectivement, pour renouer avec quelque chose de plus ancien que lui.

Des corps, des cloches, des peaux de bêtes et une communauté entière rassemblée autour d’un rite, Zubieta entre en effervescence.

On arrive ici en laissant la voiture à distance, sur le site d’une scierie transformée en parking le temps de la fête. Un détail en apparence anodin, mais déjà révélateur : le bois est partout à Zubieta. En rejoignant le cœur du village à pied, on entre peu à peu dans un autre rythme.

Un village orné de bois

Avant même que le carnaval ne commence, j’ai déambulé dans les ruelles. Zubieta est un village profondément rural : des maisons entourées de jardins et de potagers, des balcons en bois sculpté, des fresques illustrant des scènes de labeurs dans les champs, avec les brebis…

Pour l’occasion, les façades se parent de couleurs : de vieux vêtements suspendus, des tissus, des étoffes récupérées, accrochées aux balcons comme autant de signes annonciateurs de la fête à venir. Le décor est simple, vivant, habité.

J’ai eu le sentiment d’être ramenée plusieurs décennies en arrière, immergée dans une communauté soudée, ancrée dans son territoire. C’est une impression étrange d’être hors du temps. Comme si le village s’était mis en veille, puis se préparait à se réveiller.

Les Joaldunak, figures emblématiques

Peu à peu, les habitants sortent. On croise un âne que l’on attelle, un homme vêtu du costume des Joaldunak, ces figures emblématiques des carnavals de la vallée de Malerreka, reconnaissables à leurs peaux de mouton sur les épaules, leurs chapeaux ornés de rubans colorés, foulards noués autour du cou, et surtout aux lourdes cloches, les joareak, qu’ils portent dans le dos. Leur rôle est central : ils avancent en cadence dans les rues du village. Par le son, ils réveillent le village, chassent les mauvais esprits de l’hiver et annoncent le retour du cycle vivant.

Sur la place, le village tout entier se met au diapason. Les rues se remplissent. Les visiteurs se mêlent à la foule. Les gens se rassemblent, un verre de cidre à la main. L’attente est longue, joyeuse, ponctuée de conversations et de rires. Un homme âgé anime la scène depuis son balcon. Déguisé de manière volontairement absurde, vêtu d’un simple slip blanc et recouvert d’un drapeau en guise de cape, il court d’un bout à l’autre de son balcon qui donne sur la place du village, en imitant Superman, le bras levé. La foule rit. Le ton est donné : ici, le carnaval mêle le burlesque, l’irrévérencieux et le rituel.

La fête peut commencer.

Autour des Joaldunak gravitent d’autres personnages : un homme en collant fin lance des noix au public, des femmes déguisées en citadines chic des années 1960, valise à la main, demandent où se trouve la gare, elles « partent en voyage », caricature joyeuse d’un ailleurs fantasmé. Des enfants traversent la foule pour dégager le passage, jetant de la boue sur les spectateurs sous les cris et les éclats de rire.

Un carnaval comme espace de liberté

Tout cela peut sembler chaotique, presque déroutant pour qui découvre Zubieta pour la première fois. Mais très vite, on comprend : le carnaval est un espace de liberté collective, un moment où les rôles s’inversent, où l’absurde côtoie le rite, où le village s’exprime sans filtre.

Lorsque l’on parle de rite ancien, il s’agit d’une tradition transmise de génération en génération, un savoir collectif qui s’est adapté au temps sans jamais disparaître. Longtemps menacée par l’exode rural, cette tradition a été préservée grâce à l’engagement de ses habitants. Ici, le carnaval se vit d’abord pour celles et ceux qui habitent le village.

Ce carnaval parle de nature, de cycles, de saisons, de lien à la terre et au vivant.

En quittant Zubieta, j’ai eu le sentiment rare d’avoir assisté non pas à un spectacle, mais à un moment de vie, brut, joyeux, profondément humain. Un carnaval qui ne se regarde pas seulement : il se ressent, dans le froid de l’hiver, le tintement des cloches, l’odeur du cidre et le rire partagé.

Lorsque le tumulte du carnaval s’est apaisé, la journée s’est poursuivie ailleurs, autour d’une autre tradition basque : celle de la cidrerie. Une immersion à découvrir, dans mon reportage consacré à la Cidrerie. Prochainement sur PaysBasque.net.

Crédits Photos : Marie Demangeot

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